De Zerbi à l’OM, le désenchantement : génie mal compris ou simple illusion ?


Rédigé le Jeudi 12 Février 2026 à 12:06 écrit par


Quand votre meilleur ami explique en direct que vous avez « été trahi » et que vous n’avez « pas été à la hauteur », ce n’est plus une simple analyse, c’est une mise à nu publique. 

Adani, l’ami qui dit tout haut ce que De Zerbi pense tout bas

Dans le podcast Viva el Fútbol, Daniele Adani n’a pas cherché à ménager Roberto De Zerbi au moment d’évoquer la rupture avec l’Olympique de Marseille. L’ancien défenseur italien a d’abord reconnu que son ami « n’était pas satisfait de son poste cette année » et qu’il « n’était probablement pas à la hauteur », insistant sur la nécessité d’être honnête entre gens qui se respectent.

Dans le même souffle, Adani rappelle cependant le legs de De Zerbi sur la Canebière : un style de jeu singulier, une exigence quotidienne et un niveau humain et sportif relevé dans le vestiaire comme autour du club. Pour lui, le technicien a profondément marqué le groupe, révolutionnant le rapport des joueurs au métier et gagnant la loyauté des familles, ce qui, à Marseille, n’est pas exactement un détail de pied de page.

Un OM sans pitié, même pour ses prophètes

Adani va plus loin en décrivant le contexte phocéen : selon lui, De Zerbi est l’entraîneur « parmi les grands noms historiques » à être resté le plus longtemps à Marseille, dans un milieu « impitoyable où personne ne reste plus d’une saison ». L’Italien, arrivé à l’été 2024, a pourtant offert à l’OM une deuxième place en Ligue 1 lors de sa première saison complète, avant que la machine ne cale lourdement, entre élimination en Ligue des champions et gifles domestiques.

La séparation « d’un commun accord » officialisée dans la nuit du 10 au 11 février 2026 intervient après un 5-0 subi au Parc des Princes, symbole d’une équipe en panne de certitudes autant que de résultats. Le club a salué le professionnalisme de son entraîneur, mais derrière le communiqué policé, le vestiaire divisé, l’irrégularité chronique et la pression permanente des tribunes ont fini par rendre l’histoire intenable.

Trahison d’ambition : le vrai reproche

Là où Adani tranche, c’est lorsqu’il parle de « trahison » sur le plan de l’ambition et de l’attention promises à De Zerbi. Selon lui, l’équipe ne correspondait pas à la vision du coach et, surtout, les engagements pris autour du projet sportif n’auraient pas été tenus, au point qu’un obsédé de football comme De Zerbi ne devrait pas se le « pardonner ».

Difficile de ne pas relier ces propos aux tensions déjà évoquées cette saison entre le coach italien et sa direction, sur fond de mercato, de gestion de groupe et de perspectives de croissance du projet marseillais. L’Italien a renoncé à une partie de ses indemnités pour partir, obtenant en échange une meilleure situation pour ses adjoints, comme pour souligner jusqu’au bout où allaient réellement ses priorités.

De Zerbi, prophète contrarié ou coach surestimé ?

Reste la question qui fâche : De Zerbi a-t‑il surtout été victime de l’OM ou de ses propres limites ? Adani assume de dire qu’il n’a pas été au niveau cette saison, tout en affirmant qu’il a « fait des choses sans précédent » à Marseille. Les chiffres racontent un entraîneur brillant lors de l'exercice 2024‑2025, beaucoup moins inspiré en 2025‑2026, avec une équipe devenue fragile mentalement et tactiquement.

Mais c’est peut-être là que se joue le paradoxe De Zerbi : un idéologue du jeu qui a besoin d’un environnement stable, de dirigeants alignés et de joueurs totalement convertis à sa religion tactique. À Marseille, ville qui brûle ses entraîneurs plus vite qu’elle n’éteint ses fumigènes, cette équation tient rarement plus d’un an et demi ; cette fois encore, c’est l’utopie qui a rendu les clés du vestiaire en premier.

Journaliste passionné de foot et de l'Olympique de Marseille. Fan du Ribéry de la belle époque. En savoir plus sur cet auteur